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Une pelleteuse au pied du bâtiment Odoo, tas de briques déposées au premier plan
Campus Odoo, Louvain-la-Neuve · Natura Mater
Visite de chantier·16.09.2026·4 min de lecture

Campus Odoo : la déconstruction comme gisement de matériaux

Lieu
Louvain-la-Neuve, Brabant wallon
Conception
Chouettes Architectes · 10 000 m²
Profilés d'acier déposés et rassemblés sur le site, avant tri et réintégration

À Louvain-la-Neuve, le chantier de rénovation du campus Odoo puise d'abord ses matériaux dans le bâtiment existant : l'acier, les briques et les parois vitrées y sont démontés pour être réemployés dans le projet. L'approche se veut circulaire avec une faible empreinte carbone et vise à illustrer que la construction bas carbone s'applique aussi aux projets d'échelle.

Le chantier
10 000 m² de bureaux et de laboratoires, conçus par Chouettes Architectes.

10 000 m² de rénovation circulaire

Le réemploi reste le plus souvent l'affaire de projets de petite taille, avec quelques radiateurs réemployés et quelques portes récupérées dans le meilleur des cas. Sur le campus Odoo, il s'applique à 10 000 m² de rénovation, portés par Chouettes Architectes, qui conçoit le projet et fait de l'existant la première réserve de matériaux : ce qui se démonte est inventorié avant la démolition, puis remis en œuvre sur place chaque fois que c'est possible. Une belle démonstration que la rénovation circulaire peut se pratiquer à l'échelle de gros projets.

Vue large du chantier en déconstruction, un groupe de visiteurs de dos au pied des engins
L'acier
Réemploi sur place, poutrelles d'appoint venues d'un autre chantier.

Acier de réemploi réutilisé in situ

Sur un chantier de démolition courant, l'acier de structure part à la ferraille : il est refondu, et l'énergie qu'avait coûtée sa fabrication se dépense une seconde fois. Sur le campus Odoo, l'équipe de projet a pris le chemin inverse. Les profilés démontés sont gardés tels quels, sans repasser par l'aciérie, pour reprendre du service dans la nouvelle structure, et des poutrelles venues d'un autre chantier viendront les compléter. C'est sur l'acier que ce choix pèse le plus, parce qu'il compte parmi les matériaux les plus émetteurs à produire de tout ce que le bâtiment existant contient.

Inventaire avant démolition

Il relève ce que le bâtiment contient et ce qui peut en sortir intact pour être réemployé. Cette phase passe par l'étude de démontabilité des matériaux et par la vérification de leur recertification une fois réutilisés in situ. Les éléments retenus sont ensuite stockés sur place, sur un campus qui reste en activité pendant les travaux.

Déconstruction sélective

Sur Odoo, le démontage et la collecte se partagent entre deux entreprises. Bzyl collecte les matériaux pour le réemploi : briques, parois vitrées, éléments de bardage et poutrelles. Wanty se charge actuellement uniquement de la démolition, et collecte une partie des poutrelles pour un réemploi potentiel et futur.

Réintégration dans la structure

L'équipe a prévu de réintégrer l'acier récupéré sur le site dans la nouvelle structure au fil des travaux, et d'y ajouter dès l'étape suivante des poutrelles de réemploi venues d'ailleurs, posées avec l'appui de Coliseum sur la base d'une étude que les ingénieurs ont finalisée. L'acier circule ainsi d'un bâtiment à l'autre.

Enfilade intérieure, la structure d'acier mise à nu et le sol dégagé

La circularité, jusque sur la terrasse

Au-delà de la structure, Chouettes Architectes a trouvé un nouvel usage aux briques démontées, qui deviendront le revêtement des terrasses, et prévu de remonter les parois vitrées de l'ancien bâtiment dans les salles de réunion, en fenêtres intérieures qui laissent passer la lumière d'un espace à l'autre. L'agence étudie aussi des bancs taillés dans les longs blocs de béton rose qui habillaient l'ancienne entrée, une façon de garder sur le campus un fragment reconnaissable du bâtiment d'origine.

Briques récupérées, nettoyées et empilées sur palette en attente de réemploi
Profilés d'acier rouges empilés après dépose, prêts pour le tri
La structure d'acier mise à nu contre le ciel, après dépose des remplissages
Élément de charpente démonté, vu en contre-plongée contre le ciel
IsoFabric posé dans l'ossature bois d'une façade, vu depuis l'intérieur du plateau

IsoFabric, l'isolant en textile circulaire d'origine belge

Pour les matériaux neufs, Chouettes Architectes a prolongé la même démarche, à commencer par l'isolant IsoFabric, qui trouve sur le campus Odoo le premier chantier d'ampleur de sa jeune filière et se fabrique à partir de coton de vêtements usagés, collectés notamment par Les Petits Riens et Terre.

En façade, l'agence a prévu un bardage Platowood, en peuplier issu en grande partie de forêts flamandes certifiées ou en épicéa de Scandinavie, transformé à Arnhem, à 200 km de Bruxelles. Ces bois à croissance rapide, qui ne tiendraient pas longtemps à l'extérieur à l'état brut, sont traités à l'eau et à la chaleur, sans produit chimique, et passent ainsi de la classe de durabilité 5 à la classe 1, pour plus de 25 ans en façade selon le fabricant. Parce que le bois stocke du carbone en poussant, ce bardage affiche un bilan de production négatif, de −22 à −26 kgCO₂e par m² selon l'essence.

L'option étudiée
Blocs de terre comprimée de BC Materials, à la place des cloisons sèches.

La terre crue pour les cloisons intérieures ?

Reste une question ouverte, et c'est peut-être la plus audacieuse du projet : de quoi seront faites les cloisons des bureaux. Natura Mater a étudié avec l'équipe des blocs de terre comprimée de BC Materials, fabriqués à partir de terres d'excavation de chantiers bruxellois, une excellente alternative à faible impact aux traditionnelles cloisons en métal stud et Gyproc. Pour rappel, l'emploi de blocs en terre crue représente une réduction de 60 % de l'impact CO₂ par rapport à ces matériaux très, voire trop, impactants. De la terre crue dans un immeuble de bureaux, le cas reste rare, et les excellentes propriétés hygrothermiques du matériau participeront même au confort intérieur des espaces où elle sera appliquée. Une paroi en terre absorbe l'humidité de l'air quand elle est en excès et la restitue quand l'air s'assèche, ce qui stabilise le climat intérieur, tandis que sa masse amortit les pics de chaleur en été. Laissée apparente, elle donne aux espaces une matière et une teinte uniques, de plus en plus recherchées.

Enfin, la pose des blocs elle-même est réversible, et la cloison devient à son tour un gisement pour le prochain projet. Le maître d'ouvrage s'interroge sur la résistance aux chocs, à laquelle BC Materials répond par ses réalisations, dont une école à Huy. Si la terre crue supporte la vie d'une école, elle supportera celle d'un bureau. La décision n'est pas encore prise.

Un engin de démolition et les équipes au travail sur la plateforme

La suite du chantier

Les poutrelles de réemploi seront posées à l'étape suivante, tandis que la décision sur les cloisons reste à prendre. Natura Mater, qui accompagne Chouettes Architectes dans la recherche de matériaux bas carbone et consulte les producteurs, reviendra sur place à chaque étape. Merci à Marion Trzcinski et Virginie Vanongeval, à Julien Willem et aux équipes d'Odoo et du chantier, qui montrent qu'une rénovation de cette taille peut se construire d'abord avec ce qu'elle a sous la main.

Maître d'ouvrage : Odoo · Architecte : Chouettes Architectes (Marion Trzcinski, Virginie Vanongeval) · Stabilité : JZH Partners · Démolition : Wanty · Réemploi : Bzyl · Poutrelles de réemploi : Coliseum (Julien Willem) · Parking temporaire : Recymat · Matériaux : IsoFabric, Platowood · Conseil en matériaux : Natura Mater

Les matériaux
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