Natura Mater
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La cuisine en enfilade, l'îlot de bois clair et son plan de pierre sombre posés sur un sol de terre cuite, le salon au fond
Laurence Thys, Verviers · Natura Mater
Projets·04.11.2026·4 min de lecture

Rénovation d'architecte : appliquer ses convictions à son propre chantier

Lieu
Verviers, province de Liège
Conception
Laurence Thys, architecte
Laurence Thys attrape un objet dans un haut placard de la cuisine, entre le plan de travail en pierre sombre et les façades en bois clair, terre cuite au sol

À Verviers, l'architecte Laurence Thys a fait de la rénovation de sa maison de famille le terrain d'exploration de ses propres convictions sur les modes constructifs alternatifs. Elle est convaincue qu'en 2026, l'architecture peut être menée autrement : des procédés plus sobres et moins impactants pour la planète, qui améliorent le confort intérieur et réduisent l'exposition des occupants aux matières polluantes. Elle livre un cas d'école passionnant, celui d'un projet né d'une conviction et qui s'achève sur la satisfaction d'avoir fait ces choix.

Géothermie, récupération des eaux, laine de mouton, terre cuite : l'architecte fait le choix d'imaginer une maison qui respire et puise son énergie, autant que faire se peut, dans son environnement direct. Un parti tenu de bout en bout, et assumé jusque dans ses propres réflexions sur le chantier et sur ce qu'elle referait autrement, avec ce constat sans appel qu'aucun retour en arrière ne serait envisageable, et qu'elle aurait sans doute pu pousser certains curseurs un peu plus loin.

Le choix des matériaux biosourcés et bas impact de cette rénovation a été accompagné par Natura Mater, à l'occasion d'une consultation à la Materatek.

« Rénover plutôt que reconstruire. Faire des choix conscients, parfois imparfaits, mais toujours réfléchis. »

Laurence Thys, architecte

La maison
Brique apparente, nouvelles lucarnes, pare-soleil naturel.

Conserver l'identité de la maison

Le premier geste architectural est de conserver le cachet de la maison. La brique existante, d'excellente qualité, est restée apparente, car un enduit sur isolant aurait donné à la façade un aspect trop lisse et fait perdre l'identité de la maison.

Mais préserver n'interdit pas de moderniser : quelques gestes mesurés enrichissent la maison sans la dénaturer. Dans le toit, de nouvelles lucarnes lui donnent une touche contemporaine et font gagner, au passage, un peu d'espace et de lumière dans les chambres. Sur la façade plein sud, l'architecte a écarté toute protection solaire rapportée : une structure métallique que des plantes grimpantes viennent peu à peu couvrir y fait office de pare-soleil naturel, qui se dénude en hiver pour laisser entrer la lumière.

Cette volonté de garder le caractère de la maison tout en gagnant en confort l'a conduite à isoler par l'intérieur, un parti plus exigeant que l'isolation par l'extérieur, qui coûte un peu de surface habitable dans chaque pièce et demande de soigner le complexe, mais le seul à laisser la brique apparente.

La maison vue du jardin, sa façade de brique et son toit sombre percé de lucarnes et couvert de panneaux solaires, potager au premier plan

Un mur qui respire

L'isolation par l'intérieur est réalisée entièrement en matériaux biosourcés, pour ce qu'ils apportent au confort autant que pour leur faible impact. La paroi reste ouverte à la diffusion de la vapeur : le mur respire, l'humidité le traverse et s'évacue au lieu de stagner, gage d'un air intérieur plus sain.

Douze centimètres de laine de mouton Woolconcept se logent entre la brique et des panneaux de fibres de paille VestaEco, recouverts d'un enduit de finition à la chaux chargé d'anas de lin. Chaque couche apporte sa qualité : la laine isole, le panneau de paille, dense, tempère les surchauffes d'été par son déphasage et rend les pièces plus agréables aux heures chaudes.

En surface comme en profondeur, la chaux et le panneau de paille régulent ensemble l'hygrométrie de la maison, absorbant une part de l'humidité ambiante pour la restituer quand l'air s'assèche, et stabilisent ainsi le climat intérieur.

La laine de mouton isole également les combles et les complexes de plancher, où elle participe à l'isolation acoustique, un feutre de laine posé sous le plancher en chêne semi-massif atténuant les bruits de pas.

Gros plan sur le complexe en cours de pose : le chant d'un panneau de paille VestaEco, un tasseau de bois et la laine de mouton grise
Chantier : la laine de mouton posée entre les tasseaux autour d'une fenêtre et sous la charpente
Chantier : les panneaux de paille VestaEco habillent le mur autour d'une baie, un escabeau au pied de la paroi
Chantier : l'enduit gris commence à couvrir les panneaux, le reste de la paroi encore nu
Une théière et des tasses de céramique sur une tablette de fenêtre, dans l'embrasure à l'enduit de chaux

Des arbitrages assumés

L'architecte ne cache aucun de ses arbitrages, pas même ceux qu'elle regrette. L'enduit intérieur, elle l'a voulu en chaux pour sa meilleure résistance aux chocs ; avec le recul, elle lui préférerait l'argile, plus souple à mettre en œuvre une fois gâchée et d'une énergie grise bien moindre. « À refaire, ce serait l'argile sans hésiter », confie-t-elle.

Même lucidité sous le plancher de la cave, isolé de dix centimètres de polyuréthane projeté, ni biosourcé ni réversible, qu'elle assume comme une concession pragmatique. « Tout n'est pas parfait. Certains choix seraient différents aujourd'hui, et c'est aussi ce qui rend cette expérience intéressante », reconnaît-elle.

Gros plan rasant sur un mur à l'enduit de chaux clair, sa surface légèrement granuleuse Le salon, deux fauteuils et un canapé jaune autour d'une table basse en bois sur un tapis bleu, murs blancs et foyer au fond
L'énergie
et l'eau
Deux puits de cent dix mètres, deux citernes, un lagunage.

Puiser son énergie sur place

Derrière l'enveloppe conservée, l'architecte a repensé tout ce qui fait vivre la maison. L'ancienne citerne à mazout a laissé place à la géothermie : deux puits de cent dix mètres alimentent une pompe à chaleur réversible, qui chauffe l'hiver par le sol et les ventilo-convecteurs des chambres, et rafraîchit l'été.

L'électricité, entièrement refaite, s'appuie sur des panneaux photovoltaïques et des batteries. Deux citernes récupèrent aussi la pluie pour les sanitaires et la machine à laver, tandis qu'un lagunage épure les eaux usées, filtrées par les plantes avant de regagner le terrain. Peu de rénovations privées vont aussi loin.

La salle à manger, sa grande table de bois devant une baie ouverte sur le paysage, murs enduits et plancher de bois

Terre cuite, tripli et pierre bleue

Jusque dans les finitions, chaque matière répond à une raison que l'architecte revendique. Au sol, elle a fait le choix de la terre cuite de Todobarro, dont la masse emmagasine la chaleur du chauffage l'hiver et conserve la fraîcheur l'été.

Pour les menuiseries, un tripli chêne, qui garde l'allure du massif avec une âme recyclée, moins de colle et de plastique qu'un mélaminé et plus de stabilité qu'un bois plein.

Les plans de travail sont en pierre bleue du pays, locale et dense, qu'elle aime savoir capable de se patiner plutôt que de se rayer ; et la salle de bains reçoit une porcelaine recyclée signée Wasterial. Une palette pensée pour prendre du caractère en vieillissant.

Quatre échantillons de terre cuite posés sur un plan de travail en pierre bleue, la cuisinière et les façades de bois en arrière-plan
Gros plan sur le sol de terre cuite, ses carreaux bruns patinés et leurs joints clairs Gros plan rasant sur l'assemblage d'une menuiserie en tripli de chêne

« Je crois profondément que l'architecture de demain doit commencer par une autre manière de regarder et de transformer l'existant et que chaque geste compte. »

Laurence Thys, architecte

Une banquette à trois coussins ronds sous une large baie ouverte sur le jardin et la campagne, une table de bois au premier plan

Donner envie de franchir le pas

En ouvrant les portes de sa maison pour ce petit reportage, l'architecte cherche à rendre tangible une voie praticable, par étapes et selon les moyens de chacun. « Au-delà de l'aspect économique, il y a surtout l'envie d'agir concrètement, à notre échelle, et de donner à d'autres l'envie de faire de même. »

Son propos dépasse largement le cas de sa maison : « En tant qu'architectes, nous avons une responsabilité face aux enjeux climatiques. »

Une maison-témoin ne réclame pas de tout faire d'un coup ni parfaitement ; elle montre qu'il est possible de commencer, avec ce qu'on a, là où l'on se trouve.

Architecte : Laurence Thys · Isolation : Woolconcept, VestaEco · Terre cuite : Todobarro · Porcelaine recyclée : Wasterial · Pompe à chaleur : Stiebel · Conseil en matériaux : Natura Mater

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