
À Verviers, l'architecte Laurence Thys a fait de la rénovation de sa maison de famille le terrain d'exploration de ses propres convictions sur les modes constructifs alternatifs. Elle est convaincue qu'en 2026, l'architecture peut être menée autrement : des procédés plus sobres et moins impactants pour la planète, qui améliorent le confort intérieur et réduisent l'exposition des occupants aux matières polluantes. Elle livre un cas d'école passionnant, celui d'un projet né d'une conviction et qui s'achève sur la satisfaction d'avoir fait ces choix.
Géothermie, récupération des eaux, laine de mouton, terre cuite : l'architecte fait le choix d'imaginer une maison qui respire et puise son énergie, autant que faire se peut, dans son environnement direct. Un parti tenu de bout en bout, et assumé jusque dans ses propres réflexions sur le chantier et sur ce qu'elle referait autrement, avec ce constat sans appel qu'aucun retour en arrière ne serait envisageable, et qu'elle aurait sans doute pu pousser certains curseurs un peu plus loin.
Le choix des matériaux biosourcés et bas impact de cette rénovation a été accompagné par Natura Mater, à l'occasion d'une consultation à la Materatek.
« Rénover plutôt que reconstruire. Faire des choix conscients, parfois imparfaits, mais toujours réfléchis. »
Laurence Thys, architecte
Le premier geste architectural est de conserver le cachet de la maison. La brique existante, d'excellente qualité, est restée apparente, car un enduit sur isolant aurait donné à la façade un aspect trop lisse et fait perdre l'identité de la maison.
Mais préserver n'interdit pas de moderniser : quelques gestes mesurés enrichissent la maison sans la dénaturer. Dans le toit, de nouvelles lucarnes lui donnent une touche contemporaine et font gagner, au passage, un peu d'espace et de lumière dans les chambres. Sur la façade plein sud, l'architecte a écarté toute protection solaire rapportée : une structure métallique que des plantes grimpantes viennent peu à peu couvrir y fait office de pare-soleil naturel, qui se dénude en hiver pour laisser entrer la lumière.
Cette volonté de garder le caractère de la maison tout en gagnant en confort l'a conduite à isoler par l'intérieur, un parti plus exigeant que l'isolation par l'extérieur, qui coûte un peu de surface habitable dans chaque pièce et demande de soigner le complexe, mais le seul à laisser la brique apparente.
L'isolation par l'intérieur est réalisée entièrement en matériaux biosourcés, pour ce qu'ils apportent au confort autant que pour leur faible impact. La paroi reste ouverte à la diffusion de la vapeur : le mur respire, l'humidité le traverse et s'évacue au lieu de stagner, gage d'un air intérieur plus sain.
Douze centimètres de laine de mouton Woolconcept se logent entre la brique et des panneaux de fibres de paille VestaEco, recouverts d'un enduit de finition à la chaux chargé d'anas de lin. Chaque couche apporte sa qualité : la laine isole, le panneau de paille, dense, tempère les surchauffes d'été par son déphasage et rend les pièces plus agréables aux heures chaudes.
En surface comme en profondeur, la chaux et le panneau de paille régulent ensemble l'hygrométrie de la maison, absorbant une part de l'humidité ambiante pour la restituer quand l'air s'assèche, et stabilisent ainsi le climat intérieur.
La laine de mouton isole également les combles et les complexes de plancher, où elle participe à l'isolation acoustique, un feutre de laine posé sous le plancher en chêne semi-massif atténuant les bruits de pas.



L'architecte ne cache aucun de ses arbitrages, pas même ceux qu'elle regrette. L'enduit intérieur, elle l'a voulu en chaux pour sa meilleure résistance aux chocs ; avec le recul, elle lui préférerait l'argile, plus souple à mettre en œuvre une fois gâchée et d'une énergie grise bien moindre. « À refaire, ce serait l'argile sans hésiter », confie-t-elle.
Même lucidité sous le plancher de la cave, isolé de dix centimètres de polyuréthane projeté, ni biosourcé ni réversible, qu'elle assume comme une concession pragmatique. « Tout n'est pas parfait. Certains choix seraient différents aujourd'hui, et c'est aussi ce qui rend cette expérience intéressante », reconnaît-elle.
Derrière l'enveloppe conservée, l'architecte a repensé tout ce qui fait vivre la maison. L'ancienne citerne à mazout a laissé place à la géothermie : deux puits de cent dix mètres alimentent une pompe à chaleur réversible, qui chauffe l'hiver par le sol et les ventilo-convecteurs des chambres, et rafraîchit l'été.
L'électricité, entièrement refaite, s'appuie sur des panneaux photovoltaïques et des batteries. Deux citernes récupèrent aussi la pluie pour les sanitaires et la machine à laver, tandis qu'un lagunage épure les eaux usées, filtrées par les plantes avant de regagner le terrain. Peu de rénovations privées vont aussi loin.
Jusque dans les finitions, chaque matière répond à une raison que l'architecte revendique. Au sol, elle a fait le choix de la terre cuite de Todobarro, dont la masse emmagasine la chaleur du chauffage l'hiver et conserve la fraîcheur l'été.
Pour les menuiseries, un tripli chêne, qui garde l'allure du massif avec une âme recyclée, moins de colle et de plastique qu'un mélaminé et plus de stabilité qu'un bois plein.
Les plans de travail sont en pierre bleue du pays, locale et dense, qu'elle aime savoir capable de se patiner plutôt que de se rayer ; et la salle de bains reçoit une porcelaine recyclée signée Wasterial. Une palette pensée pour prendre du caractère en vieillissant.
« Je crois profondément que l'architecture de demain doit commencer par une autre manière de regarder et de transformer l'existant et que chaque geste compte. »
Laurence Thys, architecte
En ouvrant les portes de sa maison pour ce petit reportage, l'architecte cherche à rendre tangible une voie praticable, par étapes et selon les moyens de chacun. « Au-delà de l'aspect économique, il y a surtout l'envie d'agir concrètement, à notre échelle, et de donner à d'autres l'envie de faire de même. »
Son propos dépasse largement le cas de sa maison : « En tant qu'architectes, nous avons une responsabilité face aux enjeux climatiques. »
Une maison-témoin ne réclame pas de tout faire d'un coup ni parfaitement ; elle montre qu'il est possible de commencer, avec ce qu'on a, là où l'on se trouve.
Architecte : Laurence Thys · Isolation : Woolconcept, VestaEco · Terre cuite : Todobarro · Porcelaine recyclée : Wasterial · Pompe à chaleur : Stiebel · Conseil en matériaux : Natura Mater
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