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Le groupe rassemblé devant les palettes de blocs de chanvre stockées sous l'auvent de l'usine IsoHemp
IsoHemp, Fernelmont · Natura Mater
Veille sectorielle·08.10.2026·4 min de lecture

Filières biosourcées : la Belgique est plus que prête

Visites
Auvelais · Fernelmont · Namur
Organisation
Embuild.Brussels · 2 octobre
Florent Timmermans, de Gramitherm, guide la visite dans l'ancien atelier de l'usine d'Auvelais

La Belgique est plus que prête pour la transition de la construction, et on n'en parle pas assez. En 2026, on entend encore que construire durable est une contrainte, que les solutions sont opaques et que les filières ne suivent pas. Pourtant, sur le terrain, c'est plutôt l'inverse : la production tourne, les matériaux sont performants et les applications exemplaires existent. Force est de constater que c'est le secteur qui tarde à se réveiller.

Une journée chez les producteurs

Le vendredi 2 octobre, Embuild.Brussels réunissait des architectes et des entrepreneurs bruxellois pour une journée chez deux producteurs wallons, Gramitherm à Auvelais et IsoHemp à Fernelmont, avec une halte au Cluster Eco-construction, à Namur. Natura Mater était de la partie, et ce que nous y avons vu confirme ce que nous observons depuis plusieurs années chez nos producteurs partenaires : les filières biosourcées belges ont dépassé le stade de l'expérimentation. Elles produisent à l'échelle industrielle, avec des dossiers techniques complets, et leurs usines ont encore de la capacité pour suivre une demande bien plus forte.

Architectes et entrepreneurs traversent la cour de l'usine IsoHemp, guidés vers les halls

Chez Gramitherm, à Auvelais

Depuis un an, Gramitherm est passée à la vente directe, du producteur au chantier. L'isolant biosourcé ultra local pousse ainsi plus loin sa logique circulaire et s'inscrit dans une démarche de circuit court. Pour Florent Timmermans, qui a repris l'entreprise en 2022, c'est aussi ce qui lui permet de tenir un prix compétitif face à la fibre de bois. À côté de la ligne de production, l'usine achève l'installation d'un séchoir qui traitera l'herbe sur place, au rythme de la production, en plus de celle qui est déjà séchée près de Nivelles. Grâce à lui, Gramitherm, qui a parfois manqué de matière première quand de gros projets faisaient brusquement monter la demande, ne devrait plus en manquer, à moins, comme le dit Florent Timmermans, qu'il n'y ait plus d'herbe en Belgique, « mais alors on aura d'autres problèmes ».

Allée de l'entrepôt d'Auvelais, palettes de panneaux Gramitherm prêtes à partir vers les chantiers

Le panneau est composé à 70 % d'herbe fauchée au bord des canaux et des rivières, dans les parcs naturels et lors de l'entretien des communes, jamais sur des terres agricoles. Les 20 % de jute viennent de sacs de café et de cacao à usage unique, qui étaient brûlés jusqu'ici, et les 10 % restants sont un liant. Le jus de pressage de l'herbe alimente une unité de biométhanisation près de Nivelles, dont la chaleur de refroidissement sert ensuite à sécher la fibre. Et surtout, le bilan carbone du panneau est négatif : environ −1,4 kg CO₂e par kilo de produit, grâce au carbone stocké dans l'herbe, qui y restera tant que le panneau sera dans le mur. Selon Gramitherm, un kilo de panneau stocke environ 2,08 kg de CO₂e, et sa fabrication en émet 0,675 kg.

Une poignée d'herbe fauchée, la matière première du panneau, tenue au-dessus du stock
Les fibres d'herbe dans la machine d'ouverture, vues à travers la vitre de la ligne
Une poignée de fibre blanche prélevée sur la ligne de production
Un panneau d'herbe en sortie de ligne, fibres visibles sur la tranche
Florent Timmermans pose les mains sur un panneau Gramitherm devant deux visiteurs, carnet en main

Côté prescription, le dossier technique est complet pour le Benelux, avec agrément technique européen et EPD. L'agrément a été délivré en Allemagne par le DIBt, et la B-EPD est valable jusqu'en avril 2028. Son lambda, certifié à 0,040, pourrait descendre à 0,038 avec le prochain panneau. Il est déjà passé de 0,041 à 0,040 cette année, depuis que la ligne s'est équipée de nouvelles machines pour mieux ouvrir les fibres, et la prochaine version, à 3 ou 4 % de liant seulement, laissera plus de place à l'herbe. Le panneau est classé Euroclass E, et chaque production passe un test d'inflammabilité. Un panneau acoustique plus rigide, pensé pour les cloisons, est annoncé pour début 2027.

Chez IsoHemp, à Fernelmont

Depuis sa création en 2011, IsoHemp ne cesse d'innover et a fait de son bloc de chanvre un véritable système constructif, décliné pour le neuf et la rénovation, jusqu'aux programmes plus spécifiques comme les écoles ou le patrimoine. Le bloc, fait de chènevotte et de chaux, se monte à la colle en joints minces et dispose de son agrément technique belge, l'ATG 3169. Le Cahier des charges type Bâtiments 2022 de la Wallonie lui consacre un poste propre, le 21.22.8, pour les maçonneries non portantes. Avec RecyHemp, sa filière de recyclage, le bloc trouve aussi une seconde vie en fin de chantier : depuis septembre 2025, les chutes et les blocs de démolition reviennent à l'usine pour être broyés et réintégrés dans du béton de chanvre. Et alors que sa nouvelle usine, inaugurée en 2021, peut produire plus de cinq millions de blocs par an, le site de Fernelmont ne tourne pourtant qu'à 50 % de sa capacité : de quoi absorber sans difficulté une demande en forte hausse.

Le groupe écoute le guide d'IsoHemp devant un mur en blocs de chanvre à Fernelmont
Une poignée de chènevotte, la matière du bloc de chanvre, tenue au-dessus du stock
Les visiteurs traversent l'usine IsoHemp entre deux halls, les palettes de blocs en bordure
Palettes de blocs de chanvre empilées, prêtes à partir
Anne-Michèle Janssen présente le Cluster Eco-construction aux participants, dans la salle de son bâtiment à Namur

Au Cluster Eco-construction, à Namur

Lors de la conception de son bâtiment en 2021, le Cluster Eco-construction a fait le choix de miser totalement sur les solutions qu'il préconise. Le résultat ? Un bâtiment 100 % réversible : chaque élément a été pensé pour être démonté et réemployé, à partir de matériaux bruts et non traités. Dessiné par Helium 3 avec Havresac et construit par MOBIC, le bâtiment réunit 400 m² de bureaux et d'espaces de formation, posés sur des pieux vissés plutôt que sur des fondations en béton. Les murs sont des modules préfabriqués en demi-rondins de bois remplis de paille locale, et un isolant à base d'herbe équipe les cloisons et les planchers. Le bâtiment devient ainsi une banque de matériaux pour le futur, et la démonstration grandeur nature qu'un projet peut être conçu pour ne jamais produire de déchets, voire, pourquoi pas, pour prendre de la valeur grâce aux matériaux qui le composent.

Le groupe au pied des pilotis en troncs bruts qui portent le bâtiment du Cluster Eco-construction
Anne-Michèle Janssen sourit au pupitre pendant sa présentation du Cluster Eco-construction
Le bâtiment du Cluster Eco-construction à Namur, bardage bois vertical et volume sur pilotis

Y'a plus qu'à

Bref, les matériaux sont performants (documentation à l'appui), la production suit, les preuves aussi, et les maîtres d'ouvrage veulent des projets qui leur permettent d'anticiper le futur et de vivre confortablement sans peser davantage sur le changement climatique. Reste à inscrire ces matériaux dans les cahiers des charges, alors même que le bloc de chanvre a déjà son poste dans le CCTB wallon. Ce qui manque encore aux équipes de projet, ce sont des repères de prix, et c'est pour cela que nous avons contribué, avec EcoRes, aux entrées biosourcées du Bordereau des prix unitaires 2024 de l'UPA-BUA.

Y'a plus qu'à.

Merci à Embuild.Brussels, en particulier à Aymé Argeles et Nicolas F., pour l'organisation de cette journée, ainsi qu'à Florent Timmermans, Anne-Michèle Janssen, Xavier Belis et aux équipes de Gramitherm, d'IsoHemp et du Cluster Eco-construction pour leur chaleureux accueil.

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