
Annoncée le 6 octobre, la mise à jour de TOTEM ramène la période d'étude de 60 à 50 ans. C'est une bonne nouvelle pour les équipes de projet, puisqu'un seul modèle du bâtiment sert désormais l'administration, le certificateur et l'investisseur, et cela à quinze mois de l'entrée du carbone dans le certificat PEB.

TOTEM est l'outil belge de référence pour la LCA (analyse de cycle de vie, ou ACV) et le calcul d'impact des bâtiments. Lancé en 2018 par l'OVAM, Bruxelles Environnement et le Service public de Wallonie, il est gratuit et identique pour les trois Régions, ce qui, en Belgique, mérite déjà d'être souligné. Il calcule l'impact environnemental d'un bâtiment sur tout son cycle de vie, depuis la production des matériaux jusqu'à leur fin de vie, en passant par le transport, la mise en œuvre, l'entretien et les remplacements. Pour cela, il suit la norme européenne EN 15978 et s'appuie en priorité sur les EPD, les déclarations environnementales de produit établies par les fabricants, ou, à défaut, sur les données génériques de sa bibliothèque.
Tous ces impacts sont ensuite rassemblés dans un score TOTEM, une valeur unique exprimée en millipoints, dont le changement climatique, mesuré par le GWP (potentiel de réchauffement planétaire), est l'une des composantes. Au-delà du permis, l'outil sert aussi en conception, où il permet de comparer un bardage aluminium et un bardage bois, ou une brique maçonnée et une brique collée, et de voir rapidement s'il y a une grosse différence d'impact entre les deux.
Le plus gros changement de cette mise à jour concerne la période d'étude, qui passe de 60 à 50 ans. Jusqu'à présent, chacun y allait de sa propre échelle temporelle et les résultats étaient impossibles à comparer. L'Europe a fini par confirmer les 50 ans, BREEAM s'y est aligné, et TOTEM restait l'un des derniers outils à calculer sur 60.
Concrètement, pour aligner un projet sur la Taxonomie européenne, il fallait donc mener la LCA dans One Click LCA, un logiciel commercial, puis la refaire dans TOTEM pour obtenir le permis. Le même bâtiment était ainsi modélisé deux fois, dans deux logiciels, et c'est précisément ce double travail que la mise à jour fait disparaître.
Désormais, une seule étude TOTEM couvre le permis d'urbanisme, la certification BREEAM, l'alignement sur la Taxonomie que regardent les investisseurs, les ambitions et le benchmark interne d'un maître d'ouvrage, ainsi que la préparation au cadre LCA obligatoire de 2028. Chacun de ces cadres y retrouve l'indicateur qu'il demande, et TOTEM devient ainsi le point de pivot central de la LCA en Belgique.
Le potentiel de réchauffement planétaire sur le cycle de vie, que demandent le certificat PEB dès 2028 et la Taxonomie européenne.
Les résultats présentés pour le critère Mat 01 de la certification BREEAM, qui calcule désormais sur la même période de 50 ans.
Le score unique de TOTEM, qui agrège tous ses indicateurs et que reprend GRO, l'outil de construction durable des trois Régions.
La PEB couvre l'énergie consommée pendant l'usage du bâtiment, tandis que la LCA y ajoute le carbone incorporé dans les matériaux, et les deux se complètent, puisque TOTEM reprend de la PEB le module d'énergie en usage pour calculer lui-même tous les autres. C'est d'ailleurs par la PEB qu'arrive l'obligation de 2028. La directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments, révisée, impose en effet une méthode commune pour calculer le GWP sur le cycle de vie, qui devra figurer dans le certificat PEB des bâtiments neufs de plus de 1 000 m² dès le 1er janvier 2028, puis dans celui de tous les bâtiments neufs à partir du 1er janvier 2030, avec cette fois des valeurs limites.
Bruxelles ouvre la marche en intégrant le GWP aux exigences PEB du COBRACE, le Code bruxellois de l'air, du climat et de la maîtrise de l'énergie. Le calcul s'y fait sur le bâtiment entier, alors que la PEB se calcule unité par unité, et le reste du pays suivra selon une feuille de route belge.
Un bâtiment de plus de 1 000 m² esquissé aujourd'hui sera le plus souvent certifié après le 1er janvier 2028, et mieux vaut ne pas le découvrir au moment de la certification. Comme le carbone incorporé se décide dans les choix constructifs, c'est-à-dire la structure, la façade, l'isolant et les finitions, c'est en conception que le calcul pèse le plus. Sur les projets lourds, par exemple, le béton figure parmi les premiers postes de l'impact matériaux, et une substitution de ciment permet de le réduire.
Autrement dit, calculé en fin de projet, le score sert surtout à remplir un rapport, alors que calculé en conception, il aide à choisir. Et à partir de 2030, un dépassement des valeurs limites découvert au dernier moment ne laissera plus aucune marge pour redessiner.
Pour profiter de cette mise à jour, une équipe de projet n'a pas besoin de devenir experte de TOTEM. C'est notre métier : nous réalisons des calculs d'impact complets pour un bâtiment entier, un élément de construction ou un matériau, et nous suivons l'outil depuis ses débuts, jusqu'à son comité des parties prenantes, où nous étions présents en 2025. Nous avons donc préparé ce service bien avant l'annonce, pour qu'il soit prêt le jour où TOTEM couvrirait enfin tous les besoins LCA d'un projet.
Selon la phase du projet et la question posée, l'étude ne sert pas la même décision :
De votre côté, il suffit de nous transmettre le dossier de soumission ou les pièces de projet : plans, métré, cahier des charges et fichiers PEB. Vous n'ouvrez jamais TOTEM, qui reste, il faut bien l'avouer, assez pénible à prendre en main quand on n'en fait pas son quotidien.
En retour, vous recevez un rapport qui montre d'abord où se situent les impacts les plus importants, quels éléments de construction y contribuent le plus et comment ces impacts se répartissent sur le cycle de vie, avec les résultats chiffrés (GWP, millipoints, énergie grise) et leur interprétation. Viennent ensuite des recommandations de conception concrètes, puis la méthode suivie, si bien que le rapport se lit comme un rapport PEB qui indique les stratégies clés, et nous le livrons au format de chaque usage : permis, BREEAM, GRO, Taxonomie ou benchmark interne.
C'est là que notre premier métier fait la différence. Au quotidien, nous sourçons, étudions et prescrivons des matériaux biosourcés, géosourcés, circulaires et de réemploi, et nous en tenons plus de 300 échantillons à la Materatek. Quand l'étude montre qu'un poste pèse trop lourd, nos recommandations s'appuient donc sur des alternatives que nous connaissons, avec leurs performances, leur filière et leur mise en œuvre. Et si vous souhaitez aller plus loin dans le choix des matériaux et la rédaction des prescriptions, notre Étude de projet prend le relais.
La période d'étude n'est pas le seul changement de cette mise à jour. La bibliothèque de matériaux de TOTEM, sur laquelle repose chaque calcul, a elle aussi évolué. Nous analysons en ce moment ce que ces changements font bouger dans les résultats, ce qu'ils améliorent comme les questions qu'ils posent, et nous y consacrerons prochainement un article plus technique.
Photos : chantier Odoo, Louvain-la-Neuve · Architecte : Chouettes Architectes · © Natura Mater. Graphiques : extraits d'un rapport TOTEM de Natura Mater.
Trois pièces du Magazine sur des matériaux déjà en place.
De l'herbe de bord de route à l'isolant : 180 000 m³ par an produits à Auvelais.
Acier, briques et vitrages déposés sur place repartent dans le projet rénové.
Gramitherm, IsoHemp et le Cluster Eco-construction : des lignes qui tournent déjà.